PB

En ce moment je parle de ma fiction personnelle dans les réseaux car je suis en train de travailler sur les personnages et l’univers de Anywhere Women, ma plus récente création narrative. Il est juste de dire que c’est grâce à mes frères qu’on peut parler d’une fiction personnelle car en grandissant ils étaient l’audience et le réceptacle de cette envie créatrice que je développais dans mes histoires. Le mélange de genres était très drastique et pour moi ça fait parti de la richesse et la complexité qui m’empêche d’oublier ces récits et de les laisser derrière comme des rêveries de gamins. Si je les oubliais je me trahirais à moi-même mais surtout je les trahirais eux.

Avec Damián on a crée notre première série de personnages en jouant avec nos peluches, nos jouets et nos mains. Aussi on faisait des dessins qui étaient à eux mêmes des personnages originaux. Quand Arma a été assez grand pour nous rejoindre on a ajouté ses inventions propres et, quand on jouait avec nos mains en faisant comme si on avait des poupées, les siens étaient les bébés des nos personnages. J’aurais du mal à vous expliquer combien ses jeux de mains sont très importants pour moi et pour mon enfance. On faisait des blagues et des sketches avec, j’ai appris déjà certains à Rose un peu par réflexe car j’ai du mal à m’en empêcher.

Le premier entre ces personnages est, pour moi, essentiellement un ami. On trouve chez lui les qualités que j’aimais le mieux de ma personnalité en grandissant: il est très farceur, intelligent, autonome, calme face à l’adversité, capable d’être ridicule et de ne pas se prendre sérieusement, obstinément fidèle avec ses amis mais aussi un peu méchant. Les personnages de mes fictions ont plusieurs noms mais pour parler de lui j’utilise PB le plus. J’ai toujours été fasciné par les monstres et les figure non-humaines, c’est donc normal que mon personnage préféré n’ai pas vraiment la forme de rien qui n’existe dans le monde réel. Il ressemble fortement à un canard (sans doute il est une des raisons derrière mon amour des oiseaux), car sa forme en poupée-main donnait cette impression. Je pense qu’il est doué d’une certaine sagesse pratique car il préfère toujours d’employer la ruse plutôt que l’intelligence technique des scientifiques qu’il pourrait développer s’il le voulait.

Je me suis toujours identifié à lui dans plusieurs niveaux dans ce qu’il a d’unique, de solitaire et de nécessaire. Dans son univers il n’y a pas des individus sexués, les gens s’aiment souvent librement sans se poser des questions sur leur espèce ou leur descendance potentielle. Toute famille est composée premièrement pour une circonstance d’amitié plutôt qu’un besoin matériel ou par fièvre. Les passions de PB sont ce qu’on pourrait appeler des “passions froides”, il prend sont temps pour en profiter des choses et il le fait presque comme si sa capacité à les attendre rendait le plaisir encore plus agréable. Souvent il se décide à faire des choses impossibles et il arrive, mais seulement quand il les fait pour toutes les mauvaise raisons. Ils n’est pas vraiment un héros. Ayant perdu la notion mégalomane qui nous permet de nous rêver d’une grande importance il n’essaye de résoudre des problèmes critiques seulement quand il est strictement obligé de le faire. Il est très passif et plus qu’un créateur il est un spectateur. Ironiquement il ne possède pas des yeux. Pour être plus spécifique son seul œil est celui qu’il a volé à un ami et il se trouve à l’intérieur de sa bouche. Il aime beaucoup manger et il est très bavard.

Je pense qu’avec sa prise de distance perpétuelle et sa nature étrange il pourrait passer pour un personnage plutôt égoïste. Cependant il n’est jamais contraint de rien faire de spécifique pour les autres et il est souvent en train de les aider. Par ailleurs sont travail pendant des millénaires a été de diriger une station de télévision qui envoie des ondes partout dans le multivers. Il fait cela essentiellement pour faire plaisir aux autres, mais aussi pour suivre les univers qui l’intéressent et s’engager avec eux. Les autres sont les protagonistes principaux et PB est une sorte de deuxième narrateur qui dirige un peu notre attention sur des éléments spécifiques de chaque histoire. Il est biaisé et imparfait. Je pense que les meilleurs êtres sont comme ça.

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Corps de femme

J’étais jaloux des femmes. Pour une question de fierté personnelle j’ai toujours gardé ce sentiment un peu secret mais quand je l’ai exprimé par le passé il a été tourné en dérision car être une femme est plein d’inconvénients. J’acceptais tout cela volontiers car je n’ai jamais voulu devenir une femme ni prétendu qu’elles avaient trop des privilèges. Ma jalousie venait d’ailleurs et je n’ai réussi à la comprendre que très récemment.

Ça m’arrive de porter des blousons, de me décorer avec des fleurs et des rubans et de mettre de rouge aux lèvres. Je pense que tout cela me donnait envie depuis quelque temps mais j’ai juste osé de le faire après ma séparation. Avant tout cela j’avais été au sein d’une famille très conservatrice et j’avais étouffé d’autres envies comme me percer les oreilles et me tatouer. Toujours j’ai construit cette image de moi-même par rapport à ce que les autres attendaient de moi en niant cette envie de fluidité qui s’est toujours exprimé d’une façon ou une autre. Forcément je me suis posé la question: est-ce que j’essaye de me déguiser en femme? Mais c’était très clair dans ma tête qu’il n’était pas question de ça, je cherche une image personnelle autre. Voilà ce que j’ai compris de ma jalousie: j’avais envie d’une liberté que je m’avais moi-même nié et qui d’autres avaient été assez sages de prendre pour elles-mêmes.

Aucune justification biographique n’explique ma jalousie car je l’ai simplement appris dans mon entourage. Ce mélange de mépris et admiration envers les femmes très maquillées, fières de leur corps et (surtout) libres avait été réitéré sans cesse par des femmes que j’ai connu au Mexique. Me voyant un peu en femme j’avais assumé les mêmes a priori. Il y a une force très physique à cette animosité envers les femmes qui n’ont pas peur de s’assumer: comme c’est mauvais qu’elles se montrent il faut plutôt se cacher, s’effacer. Ce qui a fait que mon expérience du corps de la plus part des femmes les plus gentilles que j’ai connu dans mon enfance était une sorte d’oubli.

Quand j’ai vu le clip de Lesbian Break Up Song de Safia Nolin ce souvenir des corps effacés m’est revenu. Une austérité étrange qui s’installe dans ces corps familiers qui se sont faits discrets sans qu’on leur propose rien d’autre, que j’ai grandis en considérant comme des êtres humains presque sans physique, effaçant leurs désirs et leurs sensations. En voyant les corps en mouvement et avec minimalisme j’ai arrêté de me posé en spectateur et j’ai ressenti plutôt de l’empathie, une sorte de communion avec le corps qui se sait exposé dans sa nudité mais qui devient reconnaissance à cause de cela. J’ai pensé à la douceur qu’on m’a enseigner à refuser depuis tout petit en mettant des règles et des mots sur qui méritait de donner de l’affection à qui. Je pense aussi aux corps des femmes courageuses que je n’ai connu qu’en tant que mères et qui n’ont jamais vécu à mes yeux en tant que femmes. C’est un joli réagencement de l’esprit.

Bent’s Bench 09/09/2019

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J’ai continue mes comics sans respecter trop la continuité de ma production et j’ignore si je vais reprendre les histoires que j’avais déjà composé pour le récit des deux Bents. Par contre je suis constant sur l’irrespect absolu de l’unité de langue dans les Bent’s Bench. C’est une marque temporelle aussi parce que j’écris en franglais beaucoup plus que je ne faisais il y a un an.

Cette blague s’est imposé un peu dans mon esprit la semaine dernière car le côté biologique du désir déborde chez moi et je préfère d’en rire. Comme d’habitude c’est aussi une excuse pour encrer mes dessins. L’élément visuel du katana est une référence à Hoshi no Samidare.

Ce qu’elles n’étaient

Dans ma jeunesse je ne pouvais pas me plaindre des femmes parce que je ne les connaissais pas assez bien. Il y avait toujours en moi un mélange d’envie et de jalousie non avouée envers elles, mais surtout ce que j’avais à leur égard était un rapport avec l’absence. Avec mes amis, sans le savoir, on essayait de caractériser et de donner formes à la distance entretenue entre nous et les femmes qu’on admirait. Quand j’y pense maintenant je vois que c’était une réduction terrible de leur caractère et leur expérience, mais à l’époque j’étais trop embu de moi-même pour y faire attention à une autre chose que mon propre désir.

En ce qui concerne l’amour il y avait toujours une ambivalence entre le respect de la personne aimée et la stupéfaction de voir qu’elle ne s’intéressait pas à nous. Cela me fait un peu rigoler mais sans doute on croyait qu’on étaient supérieurs aux autres prétendants que les filles pouvaient avoir. Depuis l’enfance je m’étais fait une vision très négative des hommes “en général”: ils trompaient, ils mentaient, ils n’étaient jamais contents avec une seule femme, ils n’étaient pas dévoués, ils buvaient trop et ils étaient cons. Si une fille sortait avec un mec quiconque il me semblait très probable que le mec ne soit qu’un gros bœuf sans intérêt. Du coup il y avait un certain traumatisme quand on constatait que les filles qui nous plaisaient bien préféraient toujours l’archétype d’un mec sans intérêt plutôt qu’un d’entre nous. Pour nous la logique objective dictait qu’on aurait été des copains bien plus intéressants que ça.

Je ne veux pas vraiment revenir su mes arguments fallacieux de jeunesse ni sur une statistique par rapport à la bœufitude des mecs de ma génération. En toute évidence le prétendu côté raisonnable qui faisait de moi et mes amis des prétendants de qualité a de quoi faire rire si on le regarde de plus près. Nous étions des gros antisociaux, sans ressources, sans talent, avec aucune expérience affective, plutôt fermés dans notre vision de monde, sans aucun style, trop oisifs et assez complexés. L’argument de notre dévotion et capacité à prendre une responsabilité affective restait dans l’abstraction la plus complète. Vu depuis l’extérieur nous étions des prétendants sans éclat même si on ne voulait pas l’admettre. On croyait que les filles qui nous plaisaient savaient déjà nos qualités et qu’elles feraient un choix informé sur des sentiments par rapport à notre potentiel plutôt qu’à notre état réel. Comme si le choix d’un partenaire était un exercice absolument conscient.

Sans le vouloir on effaçait l’intériorité des femmes en voulant qu’elles prennent un copain avec des critères purement extérieurs (qu’elles nous choisissent pour c’est qu’on était au lieu de pour ce qu’elles ne étaient). Puis on prétendait qu’elles étaient capables d’un discernement et une connaissance qui allait les guider un peu par magique vers la bonne direction. C’était juste trop demander et accepter une sorte de détermination juste pour ne pas admettre que le cœur choisit parfois des choses sans écouter la raison. Dans ce monde il y a des questions d’hasard qu’on ne s’explique pas: est-ce que j’aurais aimé quelqu’un différemment si je n’avais pas croisé une autre personne lumineuse à mes yeux? On ne le saura jamais. Il est futile de se fatiguer à chercher des logiques conscientes et des volontés à chaque situation qui s’érige face à nous, surtout dans les relations humaines qui ont des rythmes aussi variés et qui peuvent se transformer si radicalement.

Ces jours-ci il m’arrive de regarder cette évaluation un peu nombriliste de ma situation affective d’une manière opposée à celle que je voyais dans ma jeunesse. Je ne suis pas assez bien. Ma vie n’a jamais été une suite d’accomplissements éclatants, je suis exigeant pour beaucoup de choses mais je laisse d’autres trainer et l’ordre de mon monde est jamais parfait. Je comprends aujourd’hui qu’il y a un grand nombre de raisons valides pour qu’une femme excellente ne cherche jamais à me regarder avec intérêt et même qu’elle n’aurait besoin d’aucune raison pour ignorer toutes mes affections. Je peux chercher dans mon côté de choses toute la vie et je n’arriverais jamais à une conclusion meilleure que celle-là.

D’un autre côté, maintenant j’ai du style, du talent, je redeviens beau à mes yeux et je peux utiliser ma capacité d’abstraction pour encaisser le rejet et la solitude. C’est juste que je continue à demander trop à la vie.

Langue secrète

En réfléchissant à la réaction d’un de mes amis au moment de lui partager mes délires les plus étranges, je me suis dit que malgré tout sa réaction n’avait pas été si mauvaise, même si dans le moment je me suis senti malmené. Dans de telles circonstances je n’arrive pas toujours à réaliser la difficulté que j’impose à mes amitiés pour me comprendre et m’accepter. Ils me voient presque tout le temps comme quelqu’un de plutôt rationnel/calme et une passion pour ce qui paraît absurde les déboussole (c’est normal). Je sais aussi que je me fragilise en partageant ces choses et mes réactions ne sont pas toujours faciles à gérer.

Seulement avec le recul j’ai compris que quand cet ami m’avait parlé de problèmes psychologiques il essayait de me protéger à sa façon. On avait établi ensemble une atmosphère où l’on acceptait qu’il n’y a rien d’humiliant dans la maladie mentale et il préférait de nommer ainsi mes écarts sans les charger d’aucun poids de jugement. Les crises mentales peuvent être compliquées à gérer et les regarder en face est un bon premier pas pour chercher de l’aide et les contenir. Toutefois je n’apprécie pas qu’on considère qu’une pensée qui n’est pas normative équivaut et participe d’une maladie mentale, principalement car j’ai grandis dans un entourage religieux et le surnaturel ne s’est jamais opposé, dans mon esprit, aux règles de vie matériel du monde qu’on connait. Puis il y a comme une censure d’avance dans ce genre de procédé: on ne pourrait parler sérieusement que des choses qui appartient au langage de tout le monde, celui du matérialisme accepté par chacun. Moi je préfère parler sérieusement de tout genre de chose.

Par contre je reconnais que quand je partage ce genre de pensée un peu prophétique avec mes amis je ne le fait pas pour qu’ils adhérent à mes délires. Ana María respecte ma liberté: tant que je puisse faire la part de choses et que j’accepte que mes chimères ne replacent pas la réalité, tout cela ne me pousse qu’à vivre la vie d’un autre point de vue. Plus qu’autre chose nos discussions dans ce genre de sujets servent pour être un rappel à ces règles, j’accepte le partage pour que mon univers interne puisse être cohérent avec l’expérience de tout le monde, la mise en langage est une manière d’accepter les limites de ce que je ressens. Par ailleurs, je trouve que le pouvoir du paranormal se développe dans le sens de la métaphore, comme le désir ou les songes: on explique nos ressentis avec une plus grande efficacité que ce qu’on ferait avec des mots. Peut-être ma faiblesse par rapport à mes fantasmes consiste à vouloir les rattacher à une non-fiction (pour ne pas parler de vérité). Si je m’obsède à dire qu’une impression m’est vraiment arrivé par le passé et qu’elle coïncide avec une circonstance future… Est-ce que la preuve ajoute une richesse quiconque à mon expérience? Je cherche des faits de langage et des arguments même après avoir accepté que mon but n’est pas de convaincre.

Sans doute j’essaye de me convaincre moi-même malgré le fait que mes amis disent exactement ce qu’il faut me dire. Si on a aimé quelqu’un qui nous a blessé, qui a commis une faute qu’on n’est pas capables d’accepter… N’est-t-il pas normal de vouloir chercher des manières de l’excuser pour justifier l’amour qu’on lui a porté? Nos amitiés auraient beau dit qu’ils savaient que les choses sont meilleures quand on a dépassé une telle passion… Elle n’est pas le genre de chose qu’on abandonne tout simplement… On parle d’argumentation car à l’intérieur de nous il y a une multiplicité d’opinions qui voudraient gagner un débat, fournir des preuves pour que les expériences et les sentiments puissent être échangés d’un seul niveau. Ce serait comme construire une langue qui nous est propre.

Dans ce genre de discours, seulement nos meilleurs amis peuvent corriger nos fautes.

Couper un lien

Je disparais face aux autres de plusieurs manières. Il m’arrive de voir un groupe de gens qui discutent et m’éclipser sans leur faire signe de mon départ et, avec des gens qui me connaissent, parfois je peux arrêter les conversations et partir faire d’autres choses sans y réfléchir. Je me suis toujours effacé avec des petits mouvements de ce genre, dans les milieux sociaux je ne me considère pas quelqu’un de très important. C’est des chose que je veux changer et auxquelles je pense activement de plus en plus.

Pour compenser mes faiblesses et mes insécurités j’ai toujours opté pour investir mon temps dans des relations en tête à tête et établir certains rapports privilégiés avec chaque individu. Les environnements virtuels marchent assez bien pour contrôler les flux d’information et intervenir avec les uns ou avec les autres seulement dans un contexte pertinent à nos interactions préférées. Mais même dans la vie réelle j’ai toujours opté pour le mano a mano ce qui m’a permis de faire des belles rencontres dans chaque ville à mon passage. Je me trouvais même plutôt compétent pour garder les contact avec mes amis à longue distance. Toutefois cette attitude qui joue à mes forces peut aussi devenir un piège quand je m’investi vraiment dans un lien et que l’autre ne s’intéresse pas à moi.

Ici à Lyon j’ai beaucoup assisté à des scènes Slam et à d’autres événements poétiques. L’ambiance est très conviviale et il y a beaucoup de bienveillance pour tous ceux qui y participent, mais malgré tout cela je ne me suis jamais intégré à un groupe quiconque à l’intérieur de ces soirées. Je suis allé à plusieurs spectacles, j’ai essayé de m’investir et d’amener ma meilleure disposition pour socialiser mais j’ai ressenti qu’il y avait beaucoup de réserves de la part de mes interlocuteurs. Cela a fini pour me blesser un peu dans mon orgueil. Je m’attendais peut-être à un accueil trop enthousiaste ou simplement mes attentes étaient injustes. Ce qui est sûr est que maintenant je n’ai plus envie de ressentir que je ne compte pas aux yeux des autres. Je me suis trop effacé sans que personne ne le demande et aujourd’hui j’ai envie d’être entouré des gens qui m’acceptent et me valorisent. Je te placerais plus mes espoirs sociales dans ce milieu mais au moins j’ai trouvé un bar sympa ou je peux passer mon temps libre en échange.

La semaine dernière je me suis trouvé dans la situation inédite de dire à un ami que je ne voulais pas continuer à entretenir notre relation. On a discuté beaucoup ensemble et bien rigolé maintes fois, mais je sentais qu’après tout ce temps et tous mes efforts je devais continuer à démontrer que mon amitié était honnête. Quand j’avais vécu des moments difficiles je m’avais pas senti très soutenu et quand on a eu des disputes toutes mes anciennes fautes ont été citées soigneusement. Puis cette personne m’a insulté verbalement pour se satisfaire de pouvoir me blesser mais je ne suis pas de genre à laisser passer des gestes comme ça. Même envers quelqu’un qui j’aime comme ma propre vie il y a des limites à respecter et la violence psychologique en fait partie. J’ignore pour quoi cette amitié est devenue compliqué mais je n’est plus envie de porter ces lourdeurs. Il n’y a aucun rancune envers cette personne mais l’état fusionnel de notre lien ne peut pas continuer tel qu’il était. Parce que je veux me prendre en compte aussi et si je fais des efforts pour changer j’espère que mes amitiés puissent aussi évoluer avec moi.

L’année dernière je me sentais si seul que l’idée d’écarte des gens de ma vie m’aurait paru absurde. Maintenant je comprends que pour être vraiment accompagné par quelqu’un il faut être présent dans notre propre vie sans s’effacer face à l’autre.

Bushido

Avec Derly on partage aussi un sens de la loyauté qui nous pousse aux excès. Je dirais même que cette lecture de la fidélité montre une sorte de mentalité rigide, incapable de faire des compromis. En effet, à force de grandir dans un milieu d’hypocrisie et de calcul cette idée d’être absolument attaché à la parole donné est employé comme un contre-poids. Cependant à force d’être aussi idéal cela ignorait volontairement que la négociation fait partie des échanges et de la communication et que parfois on changera d’avis.

Un nombre de relations amoureuses et d’amitiés se sont effondrés pour Derly et pour moi à cause des petits manques de fidélité. Chacun d’entre nous a abandonné l’idée de draguer une fille car, étant devenus amis avec elle, cela demandait un changement très radical qui ne s’imposait pas. Les copines en question n’avaient pas réussi à exprimer leur envie d’une relation amoureuse sans ambigu et malgré le fait que tout le monde était motivé pour au moins tenter l’expérience la rigidité à réussi à bloquer l’affaire. L’amitié s’est perdu suite aux sentiments de déception qu’on suivi. Avec Derly on partage un code d’honneur un peu absurde que j’aime bien décrire sur le nom de “mon bushido”. Une fois qu’on s’est interdit de s’engager dans un certain chemin on met toute notre énergie et force pour garder cette résolution. Souvent ça se détourne contre la personne envers laquelle on a formulé la promesse d’origine, cela peut arriver que trahir l’autre devienne à nos yeux la seule manière de leur rester fidèles.

Aujourd’hui j’ai pris une résolution personnel qui, à mon sens, complète beaucoup des réflexions et des choix que j’ai entrepris tout au longue de ces dernières années. Pour l’instant je considère qu’il me faut garder cette résolution secrète car elle est très intime et très forte. À mon avis je ne pourrai en discuter qu’une fois ayant réussi à l’employer comme il se doit (donc rendez-vous d’ici quelques mois/années). Elle m’est devenue incontournable mais elle m’exige aussi me débarrasser d’une promesse que j’avais engagé envers moi même et une autre personne. Il y a quelques années cela aurait été la fin de notre histoire: je n’aurais jamais réussi à m’en débarrasser de cette promesse sauf dans le cas très spécifique d’une parole de la part du réceptacle de ma fidélité. Mais j’ai trouvé un dispositif très astucieux pour m’y affranchir pour cette-fois: le silence.

Dans la circonstance où tous nos mots sont ignorés et nos messages n’arrivent pas aux oreilles de notre interlocuteur, quand on ne peut pas véritablement confirmer le fait que nos mots existent dans leur sens complet d’objet de communication alors on peut admettre que chaque phrase individuellement n’a pas de valeur. Donc le sens spécifique de notre promesse ne peut pas être gardé. Un manque de réponse impliquant qu’on n’a pas le droit à répondre nous pousse vers l’irresponsabilité, l’endroit où la parole qui ne peut pas être donnée. Cela ne peut pas m’affranchir de mes émotions, mes liens et mes attentions envers quelqu’un, mais cela libère ma voix.

Après avoir posé tout cela par écrit je vois d’une manière limpide ce qu’on a construit avec nos bushidos respectifs Derly et moi: Un rituel élaboré de se lier aux autres par l’absence.

Amibes

Mon ami Derly a dit à plusieurs reprises qu’il préfère de ne rien savoir sur la vie sexuelle et les fantasmes de ses amis et de sa famille. Selon lui on est des amibes incompatibles avec les commerces de la chair et cette idée lui va très bien. Pour ma part le sexe m’a toujours beaucoup intéressé mais la connaissance spécifique de la sexualité de chacun ne m’obsède pas plus que ça. J’aborde la sexualité par des généralités et cela se passe plutôt bien. Par ailleurs connaître sa propre intimité peut être complexe sans devoir imaginer celle des autres.

Pourtant c’est bien avec Derly que je pouvais discuter le plus facilement sur ma sexualité et des questions d’attirance qui me tenaient à cœur dans ma jeunesse. Avec d’autres amis je manquais simplement de la confiance pour un tel échange et d’autres avaient tellement bien dessiné leurs goûts et prédilections qu’on sentait que la matière de discussion se terminait très vite. Puis l’amour était très présent et très pragmatique pour la plupart de jeunes de notre âge, ils pensaient à s’intéresser aux filles autour d’eux dans une démarche de séduction, tandis que Derly et moi on était des célibataires plus au moins par choix (car trop exigeants, trop loyaux avec nos crush, trop romantiques). On pouvait parler de notre bisexualité de facto et du fait que les femmes plus âgées étaient souvent plus intéressantes que celles de notre âge*.

En effet, on avait établi que l’âge la plus attirante sexuellement était entre les 30 et les 55 quand nous avions moins de 20 ans. Contre un âgisme dominant qu’on écoutait souvent de la part des hommes plus âgés, nous on ne voyait pas les corps fermes des adolescentes comme une chose séparée de la personnalité et l’identité assumé de chacun. Ce n’était pas une question d’expérience mais plutôt une capacité supérieure d’empathie, un regard moins réducteur envers les choses et une estime de soi débordante. Une femme âgée était, en effet, une sorte d’idéal féminin qui nous semblait plutôt romantique.

*- Mais nous on était aussi trop peu intéressants à l’époque, il faut l’admettre.

Nous étions, cependant, grossièrement handicapés pour séduire une femme mûre. Non seulement parce qu’on était des séducteurs assez médiocres et qu’on était beaucoup plus complexés qu’on ne voulait l’admettre, mais aussi parce que culturellement on était des gros geeks et pour les générations antérieurs ce trait était encore une chose très infantilisant. Pour les gens plus jeunes que moi aimer Pokémon malgré le fait que j’ai deux mômes est un trait plutôt mignon, mais il s’agit de gens qui ont littéralement grandis avec Pokémon. Déjà les gens de mon âge n’acceptaient pas tous très facilement que j’ai grandis en gamer et je me souviens même que quand C. a appris que j’adorais Pokémon cela l’a un peu choqué.

Maintenant, redevenu célibataire, je pense que cette idée de chercher quelqu’un de plus âgé que moi est intéressante pour des raisons un peu différentes. Si je me remets en couple un jour je voudrais que ce soit avec quelqu’un qui est dans la même étape de vie que moi, peut-être quelqu’un qui a déjà des enfants et qui souhaite faire la continuité avec sa propre vie de famille. Je n’ai pas la nostalgie d’un début de relation qui est comme un saut dans le temps vers un moment de ma vie où je ne savais pas ce que je voulais. Avec l’expérience d’une intimité adulte je trouve aussi qu’un corps plus âgé a beaucoup plus de choses et il est riche d’une autre beauté. Mais bon, tout cela n’est pas vraiment une question de nombre d’années, ce sont des généralités encore qui marchent bien pour des jeunes hommes qui ne connaissent rien à l’amour mais un adulte doit s’engager sérieusement avec la vie qui est en face de lui -et celle qu’il désire.

Secrets

Dans les relations on applique parfois un principe très propre au langage qui consiste à faire une chose pour représenter son contraire. Le raccourci est beaucoup plus complexe et contextuel que cela car la langue est purement culturelle et notre perception interne est beaucoup plus trouble et difficile à concilier dans son ensemble. Si dire et faire se trouvaient dans une relation aussi directe la poésie n’existerait pas (mais est-ce que la poésie existe?). Malgré tous mes efforts pour rester ouvert aux expressions des autres, je n’apprécie toujours pas d’être piégé ces inversions, je préfère encore de dire et faire directement ce que je souhaite*.

Ana María l’avait exprimé très bien par l’exemple: quand on trompe quelqu’un en secret cela veut dire d’une certaine manière qu’on veut rester avec cette personne. Donc d’une manière tordue la tromperie montre un attachement: on montre qu’on aime bien quelqu’un en couchant avec quelqu’un d’autre. Et on peut la raconter encore d’une manière plus existentielle: cela veut dire que notre lien avec la personne trompée va au delà d’une simple interaction physique de sexualité ou de contexte, on reconnait donc qu’il y a une vérité plus profond dans l’attirance et l’attachement que cette personne nous provoque. Cela reste infantilisant, n’est-ce pas? Mais est-ce le devoir d’un couple de forcer l’autre à grandir et évoluer? Les deux circonstances peuvent montrer l’incapacité à accepter une personne telle qu’elle est, ce qui met la relation de couple dans un équilibre plutôt précaire.

Au delà de l’exemple un peu extrême on retrouve ici la substitution d’une action par son contraire et d’une confession par un silence. Il s’agit d’un processus de fictionnalisation qui essaye de montrer une consistance historique aux variations dans nos désirs et nos attributs. Le passé peut être une expérience trouble et certaines personnes préfèrent de l’aménager à leur guise pour s’y confronter. J’ai été très rigoureux et je reconnais les symptômes de vouloir imposer un discours construit aux actions variés de l’esprit. Notre désir doit paraître absolument logique dans ses conséquences et les choses qui s’y opposent semblent irrationnelles.

*- ce qui peut se prêter à un autre genre de manipulation, j’en suis conscient.

Dans un monde où les gens débitent des flatteries libéralement la mensonge paraît une toute petite erreur**. Si tu n’es pas capable de mentir pour protéger quelqu’un, est-ce que tu l’aimes? S’il te suffit d’une phrase pour mettre en doute tes sentiments pour quelqu’un, est-ce qu’ils étaient des vrais? Je suis sensible à minimiser le pouvoir du discours car en littérature il ne faut pas se croire tout puissant mais encore ici je n’irais pas jusqu’à la dérive de croire qu’il faut aimer le mensonge. Quand quelqu’un me raconte une horreur pour essayer de voir ma réaction et tirer une vérité profonde de moi, au lieu de me demander, est-ce raisonnable d’espérer que je félicite cette personne? Cela reste une manipulation, un effort de contourner le discours effectif par l’émotion, un goût de l’irrationnel plus qu’autre chose. Agir ainsi pour gagner un argument n’est qu’une manière de me faire taire et de faire silence aux motifs, à la personne derrière le discours. On se fait effacer par le désir de quelqu’un.

**- j’utilise le mot erreur au lieu de faute pour mieux rendre à la mensonge sa condition d’accident, sans calcul ni malice, débitée d’une manière presque sans responsabilité

Le désir capable de mentir est donc présenté un par l’intelligence, tandis que l’émotion fluide et spontanée est présentée comme un sentiment “con”. Mais il ne s’agit que d’un déguisement discursif: toutes les émotions sont irrationnelles, toute expression de nos sentiments passent par l’intelligence. On peut être plus au moins amoureux de notre manière de raconter notre propre vie, mais cela ne la rend pas plus valide qu’une autre.

Je ne suis pas un passionné aveugle de la vérité. La conviction de savoir ce qui est mieux pour nous et pour les autres est dangereuse. J’utilise beaucoup le silence, ça m’arrive de garder des choses par écrit quand je devrais les exprimer à vive voix. Pour moi c’est aussi une relation avec le passé, un genre d’univers potentiel où nos désirs n’aboutissent pas toujours ou tout de suite, mais où on peut trouver des traces de nos hésitations s’il faut les chercher. Il ne faudrait pas que je ne devienne qu’un secret

Les rencontres

J’ai fait la saison de festivals cet été et plus qu’une coupure à ma routine elle est devenue une bouffée d’air avant de continuer avec la vie quotidienne. En effet, j’aurais voulu encore assister à un concert cette semaine mais malheureusement le travail ne le permet pas. Je ne veux pas non plus m’acharner: si je poursuis la joie et les chansons aveuglement elles peuvent être détournées en échappatoire, montrant non seulement que je ressens trop le poids de choses difficiles à venir mais aussi que j’aimerais être “sauvé” par des forces extérieures. En plus je suis satisfais et content de tout ce que j’ai ressenti et appris la dernière semaine en attendant toujours la saison de concerts de l’hiver prochain.

J’ai appris que chaque festival a son propre format et je suis resté en mode observation sur les rythmes de chacun, arrivant assez tôt pour regarder et un peu comprendre l’énergie de chaque endroit. Cette contemplation m’a permis d’investir du temps pour mes lectures, rédiger des traductions et des poèmes pendant que je réfléchissais aux mouvements autour de moi. En vérité je ne demande pas d’autres choses à mes vacances, spécialement quand je suis en solitaire. Oui, cela peut paraître bizarre de se dire que j’ai fait plusieurs concerts sans compagnie, mais ça aussi concerne la situation de ma vie actuellement. Pour pouvoir vivre les choses j’avais envie de vraiment connaître mon besoin personnel envers ces concerts, écouter mes attentes et ma disponibilité. J’ai aussi fait plusieurs concerts avec Ana María et c’était amusant, mais je n’en avait pas autant besoin de ceux-là. Hier matin je me disais que j’aimerais amener Rose à un concert de Cœur de Pirate dans les années qui viennent, mais pour l’instant j’imagine que sa  mère ne le permettrait pas.

Mes voyages m’ont aussi permis de discuter avec des covoitureurs et de socialiser beaucoup plus que je ne le fais d’habitude. Pendant toute une époque je faisais de l’auto-stop et je ne discutais avec le conducteurs qu’avec beaucoup de difficulté, maintenant je me rends compte que je suis beaucoup plus amical et que je me fais bien au partage avec les inconnus. Ceci est une des choses qui m’inspire dans le prochain mouvement de ce blog qui consistera à parler des gens qui occupent ma vie et comment ils ont influencé ma personne d’une manière durable.

Je veux spécialement remercier les jeunes femmes que j’ai croisé dans les concerts, spécifiquement à quatre d’entre elles que j’ai rencontré dans les premiers rangs. Leur ouverture, leur disponibilité et leur envie de vivre un moment de partage m’a beaucoup inspiré. Parfois je peux être quelqu’un qui demande trop à la vie. Mais je vois en elles que la joie passe beaucoup par la douceur et non pas par la force. Sincèrement ce serait chouette aussi de les revoir et de discuter un peu plus, même si cela paraît improbable. Mais bon, si on ne reste qu’aux rencontres qui sont logiques on s’interdit des choses qui valent la peine.